19 avril 2012
A dimanche !
Après Laurent de Boissieu, je vous livre également mon analyse des objectifs de chacun des 10 candidats ainsi que mes pronostics de résultats (sous la forme d'une fourchette, néanmoins).
A noter :
- bien qu'ils soient numérotés et que cette numérotation n'est pas hasardeuse, la hiérarchie entre ces objectifs n'est pas absolue (ainsi il est possible de réaliser les objectifs 1 et 4 et pas les objectifs 2, 3 ni 5) et ne correspond ni à des degrés d'attente des candidats ni à des degrés de réalisme de l'atteinte de ces objectifs ni à des paliers successifs mais à un mélange des trois
- le fait que je n'ai indiqué que des fourchettes et non des chiffres précis (comme M. de Boissieu) n'indique pas pour autant que je reste dans l'incertitude : je pense qu'aucun candidat ne dépassera le résultat de Ségolène Royal en 2007 (25,87%), que Nicolas Sarkozy et François Hollande vont être à moins de 1% d'écart sous la barre des 25%, que Jean-Luc Mélenchon sera troisième devant Marine Le Pen, laquelle sera sous la barre des 15%, que François Bayrou sera plus proche des 12% que des 10%, que Nicolas Dupont-Aignan sera le "sixième homme" devant Eva Joly et proche de 5%, que cette dernière sera au coude-à-coude avec Philippe Poutou autour de 2%, que Nathalie Arthaud sera devant Jacques Cheminade
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François Hollande (Parti Socialiste) |
Objectif n°1 : être en tête au premier tour Objectif n°2 : faire mieux que le meilleur résultat pour un candidat du PS au premier tour (Mitterrand (PS) en 1988 avec 34,11%) Objectif n°3 : faire au-dessus de 30% Objectif n°4 : faire mieux que Ségolène Royal (PS) en 2007 (25,87%) Objectif n°5 : être présent au second tour
Mon pronostic : 24-26% |
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Nicolas Sarkozy (Union pour un Mouvement Populaire) |
Objectif n°1 : être en tête au premier tour Objectif n°2 : faire mieux que son résultat en 2007 (31,18%) Objectif n°3 : faire mieux que Valéry Giscard d'Estaing (UDF) en 1981 (28,32%) Objectif n°4 : faire au-dessus de 25% Objectif n°5 : être présent au second tour
Mon pronostic : 23-25% |
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Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche) |
Objectif n°1 : être présent au second tour Objectif n°2 : être devant Marine Le Pen (FN) Objectif n°3 : être en troisième position Objectif n°4 : faire mieux que Georges Marchais (PCF) en 1981 (15,35%) Objectif n°5 : faire plus de 10%
Mon pronostic : 14-16% |
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Marine Le Pen (Front National) |
Objectif n°1 : être présente au second tour Objectif n°2 : être devant Jean-Luc Mélenchon (FdG) Objectif n°3 : être en troisième position Objectif n°4 : faire mieux que Jean-Marie Le Pen (FN) en 2002 (16,86%) Objectif n°5 : faire plus de 15%
Mon pronostic : 13-15% |
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François Bayrou (Mouvement Démocrate) |
Objectif n°1 : être présent au second tour Objectif n°2 : être en troisième position Objectif n°3 : faire mieux que son résultat en 2007 (18,57%) Objectif n°4 : faire plus de 10% Objectif n°5 : faire mieux que son résultat de 2002 (6,84%)
Mon pronostic : 10-12% |
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Nicolas Dupont-Aignan (Debout La République) |
Objectif n°1 : faire plus de 5% Objectif n°2 : être devant Eva Joly (EELV) Objectif n°3 : être en sixième position Objectif n°4 : faire mieux que Philippe de Villiers (MPF) en 2007 (2,23%) Objectif n°5 : faire plus de 1%
Mon pronostic : 3-5% |
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Eva Joly (Europe Écologie - Les Verts) |
Objectif n°1 : faire mieux que le meilleur résultat d'un candidat écologiste au premier tour (Noël Mamère (Verts) en 2002 avec 5,25%) Objectif n°2 : faire plus de 5% Objectif n°3 : être en sixième position Objectif n°4 : faire mieux que Dominique Voynet (Verts) en 2007 (1,57%) Objectif n°5 : faire plus de 1%
Mon pronostic : 1-3% |
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Philippe Poutou (Nouveau Parti Anticapitaliste) |
Objectif n°1 : faire plus de 5% Objectif n°2 : faire sensiblement le même résultat qu'Olivier Besancenot (LCR) en 2002 (4,25%) et 2007 (4,08%) Objectif n°3 : faire mieux qu'Eva joly (EELV) Objectif n°4 : faire mieux que Nathalie Arthaud (UC-LO) Objectif n°5 : faire plus de 1%
Mon pronostic : 1-3% |
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Nathalie Arthaud (Union Communiste - Lutte Ouvrière) |
Objectif n°1 : faire sensiblement le même résultat qu'Arlette Laguillier (UC-LO) en 1995 (5,30%) et en 2002 (5,72%) Objectif n°2 : faire plus de 5% Objectif n°3 : faire mieux que Philippe Poutou (NPA) Objectif n°4 : faire mieux qu'Arlette Laguillier (UC-LO) en 2007 (1,33%) Objectif n°5 : ne pas terminer dernière du scrutin
Mon pronostic : < 1% |
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Jacques Cheminade (Solidarité & Progrès) |
Objectif n°1 : faire plus de 5% Objectif n°2 : faire plus de 3% Objectif n°3 : faire mieux que les candidats d'extrême-gauche Philippe Poutou (NPA) et Nathalie Arthaud (UC-LO) Objectif n°4 : faire mieux que son résultat de 1995 (0,28%) Objectif n°5 : ne pas terminer dernier du scrutin
Mon pronostic : < 0,5% |
21:53 Publié dans Divers, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : élection présidentielle 2012, hollande, sarkozy, mélenchon, le pen, bayrou, dupont-aignan, joly, poutou, arthaud, cheminade, ps, parti socialiste, ump, union pour un mouvement populaire, fdg, front de gauche, fn, front national, modem, mouvement démocrate, dlr, debout la république, eelv, europe écologie les verts, npa, nouveau parti anticapitaliste, uc-lo, lo, union communiste, lutte ouvrière, s&d, solidarité et progrès, pronostics, objectifs, candidats, premier tour
25 mars 2012
Le Front de Gauche - 2ème partie : la confirmation
Suite de mon histoire du Front de Gauche. Retrouvez-en le prologue et la première partie sur mon blog.
La « vague verte » déferle aussi sur la gauche sociale
Après avoir passé le cap d'une réussite relative à une élection (les européennes de 2009) puis de l'existence autrement que comme simple cartel électoral, le Front de Gauche s'est lancé avec résolution dans la « bataille » des élections régionales de mars 2010. Cependant, tandis que l'unité renforcée permettait d'augurer des succès croissants, les difficultés s'accumulaient du fait de la multiplication des grands écarts idéologiques entre les formations présentes.
Ainsi, le Parti de Gauche, initialement créé pour fondre dans une même structure communistes et socialistes traditionnels, avait désormais décidé d'assumer le rôle de « parti creuset » et de « trait d'union » entre les différentes tendances au sein du Front de Gauche et entre le Front de Gauche en soi et ses partenaires extérieurs. Ayant revendiqué dès sa création l'héritage du socialisme historique et du républicanisme, il s'est approprié peu après les élections européennes une dimension écologiste.
En effet, alors qu'après le succès surprise du rassemblement Europe Écologie lors des élections européennes aussi bien le PS que l'UMP se découvraient une fibre écologiste, Jean-Luc Mélenchon, alors président du PG, profitait de la situation pour affirmer ses convictions (déjà anciennes, puisqu'il avait été, au sein du PS, l'un des premiers à s'intéresser au thème du « développement durable », ce dès 1994) et les faire afficher par son parti. Cet affichage de convictions écolos est passé notamment par la participation à l'université d'été de 2009 du parti de près de 300 militants, responsables et élus écologistes, souvent issus des Verts, dont Martine Billard, responsable nationale des Verts et députée élue dans la première circonscription de Paris (75), qui ont à cette occasion annoncé leur éloignement d'Europe Écologie du fait de la suspicion qu'ils entretenaient quant à sa possible orientation centriste.
Réunis au sein de la « Gauche Écologiste », ils intégrèrent finalement le Parti de Gauche début décembre 2009, lors de son premier congrès, Martine Billard en devenant porte-parole, et participèrent activement à la campagne des régionales. A noter que Paul Ariès, figure historique du courant décroissant qui avait rédigé un appel au rapprochement des écologistes avec le PG, n'y a finalement pas adhéré, quoiqu'il ai incité avec succès les divers mouvements décroissants (Objecteurs de Croissance (OC), Mouvement des Objecteurs de Croissance (MOC), Association des Objecteurs de Croissance (AdOC), etc.) à soutenir la campagne du Front de Gauche pour les régionales.


Le passage de l'ancien logo à l'actuel n'a pas marqué de modification
fondamentale de la charte graphique, mais quand même !
Sur un plan plus cosmétique, l'affirmation du PG comme parti écologiste est passé par un changement de logo intégrant une « base » verte au fond rouge, et par l'adoption d'une devise revendiquant clairement l'orientation idéologique du PG : « Écologie - Socialisme - République ».
Cette « conversion écologique » du PG n'ayant pas fait l'unanimité dans le parti lui-même ni au sein du Front de Gauche et n'ayant été que peu remarquée des médias, Jean-Luc Mélenchon s'est alors évertué à la souligner lors de ses passages médiatiques. L'une de ces tentatives a particulièrement fait parler dans les médias et sur Internet : il s'agit de la proposition faite à Daniel Cohn-Bendit, « animateur » de la campagne d'Europe Écologie, d'un rapprochement systématique après le premier tour (suivant la formule « priorité à ceux arrivés en tête ») pour faire jeu égal - voire dépasser - le PS lors des négociations d'entre deux tours, à la condition qu'il n'y ai pas rapprochement avec le centre.
Souvent mal interprétée, cette proposition improvisée (le président du Parti de Gauche n'en avait pas averti ses partenaires du Front de Gauche) visait en fait plusieurs objectifs :
- d'abord, empêcher les médias d'accoler l'image du « sectarisme » sur le Front de Gauche
- ensuite, démontrer qu'Europe Écologie était aussi tentée par le centrisme que le PS
- enfin, forcer le rassemblement Europe-Écologie à une « clarification » entre sa branche de gauche et sa branche centriste
C'était moins à Daniel Cohn-Bendit lui-même que Jean-Luc Mélenchon s'était adressé alors qu'aux « écologistes de gauche » (son utilisation du nom « Les Verts » ou « le parti Verts » au lieu de « Europe Écologie », chose que son interlocuteur lui reproche d'ailleurs, en témoigne). Mais cette approche, peu subtile, fut une maladresse qui manqua fâcher le PG avec le PCF.

Campagne d'affiches du NPA, passé pour l'occasion nettement du rouge au vert.
On ne sait pas tellement ce qu'en ont pensé les militants...
D'une manière générale, la position écologiste affirmée du PG a constitué (et constitue toujours) un point d'achoppement au sein du Front de Gauche et de « l'autre gauche » en général. La question du nucléaire divise en effet toutes les composantes de la gauche. Si le PCF y reste majoritairement attaché, le courant des « refondateurs » a une nette tendance au scepticisme sur la question, étant plus proche de milieux associatifs hostiles au nucléaire. Jusqu'au sein du PG, le débat est loin d'être tranché. Au sein de l'extrême-gauche aussi, la question fait débat. Si le NPA s'est finalement rangé à l'idée de « l'écosocialisme », les sceptiques sont nombreux en interne, et cette orientation « verte » est parfois vue comme de l'opportunisme politicien, la thématique écologiste étant arrivée au cours de la dernière décennie au centre des débats politiques.
Les médias et l'unité
Si d'une manière générale ces querelles idéologiques sont restées inconnues à l'extérieur des milieux concernés, les médias, particulièrement la presse écrite, ont surtout mentionné le Front de Gauche pour y voir des signes de division. Ainsi de deux antiennes reprises ad nauseum pendant toute la durée de la campagne : la « jalousie » de Jean-Luc Mélenchon pour Pierre Laurent et le PCF et l'« OPA » du PG sur le PCF.

Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent
Cette étrange histoire de « jalousie » provient d'une concurrence, bien réelle celle-là, entre Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon pour l'obtention de la tête de liste du Front de Gauche en Île-de-France pour les élections régionales. L'argument invoqué par le PG pour prétendre à ce rôle éminemment prestigieux et qui, selon toute logique, devrait en effet être porté par la colonne vertébrale du Front de Gauche, c'est-à-dire le PCF, était qu'une candidature de Jean-Luc Mélenchon, figure médiatique et charismatique bien connue, était plus à même de concrétiser l'espoir d'un résultat à deux chiffres pour la liste du Front de Gauche. Arguant de sa qualité d'élu de la région depuis des années (de 1983 à 2010 il fut successivement conseiller municipal puis adjoint au maire à Massy, conseiller général de l'Essonne et enfin sénateur de l'Essonne), le président du PG mettait en avant son lien avec la région pour apporter à sa proposition de candidature plus d'impact encore.
En réalité, l'enjeu se mêlait aussi de stratégie en vue des échéances suivantes, et particulièrement des élections présidentielles de 2012. En réussissant à passer la barre symbolique decus 10% de voix dans la région la plus peuplée de France, qui compte encore nombre de bastions communistes, Jean-Luc Mélenchon pouvait apparaître comme un candidat plus légitime aux yeux du PCF.
Mais pour Pierre Laurent, l'enjeu était autre. Favori de Marie-Georges Buffet pour lui succéder à la tête du parti, il avait besoin de passer « l'épreuve du feu » en portant la tête d'une liste emblématique. Face à cette considération interne au PCF, le PG et Jean-Luc Mélenchon ont rapidement abandonné l'idée de mener la liste du Front de Gauche en Île-de-France, attachés avant tout à ce que la principale composante de l'alliance électorale puisse garantir sa stabilité. Cette tête de liste était d'autant moins nécessaire pour Jean-Luc Mélenchon que la majeure partie de la direction du PCF penchait déjà très nettement en sa faveur pour être le candidat à l'élection présidentielle.
De « jalousie » il n'y eut donc pas, contrairement à ce qui se publia souvent dans la presse. Entre deux possibilités offrant chacune ses opportunités, les partis s'étaient tous de plutôt bon gré rangés à la plus à même de maintenir l'unité du Front de Gauche.
Mais du fait même que la candidature à l'élection présidentielle de Jean-Luc Mélenchon commençait à s'imposer comme une évidence, surgit une nouvelle antienne journalistique : le PG tenterait une « OPA » sur le PCF. Si les tentatives de désamorcer la critique (Jean-Luc Mélenchon répétant aussi souvent qu'il le pouvait : « le PCF n'est pas à vendre et je ne suis pas acheteur ») s'avérèrent essentiellement vaines, la pertinence de l'analyse est largement sujette à caution.
Il ne fait certes pas de doute que le PG prétendait « utiliser » les forces encore vaillantes du PCF, notamment en matière de mobilisation et de militantisme, au profit du Front de Gauche tout entier. Mais si le PCF faisait l'essentiel de l'effort de terrain, il était aussi le gagnant essentiel de l'alliance : neuf des seize têtes de liste « Ensemble pour des régions à gauche » étaient issus du PCF, ainsi que la plupart des candidats en position éligible.
En revanche, il est certain que le PG considérait que le Front de Gauche ne devrait pas apparaître comme un « PCF élargi », ainsi que beaucoup l'avaient reproché aux « comités antilibéraux » en 2006 et 2007. Dans cette perspective, l'occupation du terrain médiatique par Jean-Luc Mélenchon, outre qu'il préparait nettement la perspective de sa candidature en 2012, permettait d'échapper à cette critique. Le pas de deux entre hommages rendus à sa composante nettement majoritaire et affirmation de sa diversité interne contribua à rendre assez flou le message du Front de Gauche pendant la campagne des élections régionales. Le fait que certains journaux locaux (Le Parisien, Ouest-France, etc.) utilisent l'appellation « communistes » pour qualifier les listes du Front de Gauche accru encore la confusion.
Mais c'est véritablement après les élections régionales que l'impact médiatique du Front de Gauche se concentra sur la personne de Jean-Luc Mélenchon, augmentant encore (y compris au sein du PCF) l'impression d'une « OPA » sur le PCF.
Au mois de juin 2010, en effet, un étudiant en journalisme de Sciences Po Paris publia sur Internet une vidéo destinée à « faire du buzz ». Datant du lendemain du premier tour des élections régionales, on y voyait Jean-Luc Mélenchon s'énerver contre son intervieweur, qui présentait jusqu'à la caricature un caractère particulièrement énervant chez certains journalistes : la tendance à oublier l'argumentaire de la personne interrogée pour « rebondir » sur tout élément « polémique » abordé, y compris lorsqu'il s'agit d'un simple exemple ou, ici, d'un contre-exemple.

Le passage sur la "petite cervelle" est resté dans les mémoires.
Cette vidéo ayant connu un succès immense sur internet, il y eût pendant douze jours (!) d'innombrables analyses de l'altercation sur tous les supports médiatiques (télévision, radio, journaux, internet). L'importance démesurée donnée à l'événement, le refus de Jean-Luc Mélenchon de « faire amende honorable », son maintien de la critique radicale contre certains comportements journalistiques, semblèrent lui profiter et accroître sa notoriété au point de faire de cet intellectuel assez austère et ombrageux un véritable « tribun ». Quel que soit l'effet recherché par une telle insistance sur un événement mineur, elle permit au Front de Gauche et au Parti de Gauche de disposer d'une tribune médiatique jusque là inexistante. Cet atout majeur servit de tremplin au Front de Gauche et à Jean-Luc Mélenchon pour participer au mouvement de contestation de la « réforme » du régime de retraites.
La contestation sociale
En juin 2010, le gouvernement et le président de la République s'enorgueillissaient de mener tambour battant et sans rencontrer d'opposition notable une réforme radicale et majeure du système de régime des retraites, qui visait à rallonger la durée de cotisation et l'âge de départ à la retraite. Et jusqu'à la fin de l'été, il est vrai que l'opposition parlementaire fut plutôt timorée sur le sujet, tandis que les syndicats et partis politiques semblaient peiner à mobiliser, au point que des journaux comme Le Figaro écrivaient que « les Français se sont résignés ».
Mais la conjonction de la parole nouvellement accordée au Front de Gauche, qui fit de l'opposition à cette réforme son cheval de bataille pour les mois à venir, du renforcement de l'unité syndicale face aux méthodes jugées autoritaires du gouvernement, et de l'affaire dite « Bettencourt » révélant entre autres choses de probables accointances entre le gouvernement et de riches contributeurs, ainsi que le taux de prélèvement ridicule des plus importants revenus du pays, poussèrent début septembre 2010 près d'un million de personnes dans la rue.
En vérité, dès mars 2010, les journées d'action sociales avaient enregistré de francs succès : entre 500 000 et 800 000 manifestants le 23 mars, un peu plus le 27 mai, et surtout 2 millions le 24 juin, tandis que, s'il faut en croire les sondages, presque deux Français sur trois soutiennent le mouvement. Mais le traitement médiatique de l'événement pousse de manière nette vers la minimisation et le mépris : traitant le mouvement social du point de vue exclusif des problèmes causés par la grève dans les transports en commun, n'abordant le fond de la réforme proposée (et non encore votée) que pour en signaler l'inéluctabilité, les grands journaux, les grandes radios et les chaînes de télévision le relèguèrnt en sujet de second plan, derrière les déboires de l'équipe de France de football à la coupe du monde.
Tablant, conformément à la communication gouvernementale, sur un « essoufflement » de la protestation au courant de l'été, ils prêtèrent une attention plus importante au succès inattendu - pour eux - de la journée du 7 septembre, pourtant semblable à celui du 24 juin. Il faut dire que, seul courant rejetant expressément le diagnostic formulé par les analystes gouvernementaux et journalistiques sur l'état du financement du système des retraites, le Front de Gauche et tout particulièrement Jean-Luc Mélenchon ont eu durant l'été à plusieurs reprises l'occasion de s'exprimer sur le sujet.
L'offensive médiatique avait commencé avec l'interprétation donnée par le journal Le Monde d'un rapport du Conseil d'Orientation des Retraites (COR), laquelle présentait des données tronquées et des analyses partiales laissant clairement apparaître la perspective d'un délitement du système de financement des retraites en... 2050. Pour contrer cette orientation spécieuse donnée au débat, le Front de Gauche ainsi que ses composantes produisirent documents et analyses appuyés sur les données gouvernementales qui démontraient par l'évidence qu'il n'y avait au fond pas grand chose à modifier afin de garantir la pérennité du système des retraites. Mais la place médiatique donnée aux analyses divergentes était bien modeste comparée à celle accordée aux commentaires orthodoxes.
Surtout, le PS fit sienne, à travers les voix de Dominique Strauss-Khan, directeur du FMI, qui expliquait que « la retraire à 60 ans n'est pas un dogme » et de Martine Aubry, première secrétaire du PS qui estimait qu'« il faudra bien allonger l'âge de départ à la retraite », l'analyse du gouvernement. Le principal parti d'opposition décidait, sur ce sujet, de ne pas assumer pleinement son rôle. Le résultat en fut simple : la marginalisation, le cantonnement au Front de Gauche et à l'extrême-gauche, des discours refusant la vision gestionnaire et comptable de la gestion des comptes publics.
Et pourtant le mouvement social perdura. Mieux : il se renforça.
Le 23 juin, plus de trois millions de personnes se mobilisaient dans toute la France. Mieux : début octobre, l'intersyndicale lançait des grèves reconductibles. A la mi-octobre, la grève dans les raffineries de pétrole et dans les dépôts d'essence entraîne une rupture de stock dans plusieurs milliers de stations-service, tandis que dans 230 villes ont lieu des manifestations quotidiennes.
Sur le front parlementaire, l'opposition s'organise également. Après les grandes lignes du projet gouvernemental présentées le 16 juin, le gouvernement présente le projet proprement dit le 7 septembre. Si les premières réactions sont timides, rapidement, les revendications syndicales sont portées aux assemblées par les parlementaires d'opposition. Malgré l'opposition, le projet gouvernemental est adopté par l'Assemblée Nationale, mais il ne se trouve pas au Sénat de majorité favorable au texte. La commission mixte paritaire remet donc un texte, adopté par le Sénat le 26 octobre puis par l'Assemblée Nationale le lendemain.
Techniquement, c'est un échec pour le mouvement social. Pour autant, le Front de Gauche, partie prenante du mouvement derrière les syndicats, a montré qu'il pouvait donner de la voix sur tous les supports possibles et imaginables, voire au besoin se substituer au PS comme moteur politique de la contestation comme de la proposition.
Le Front de Gauche ainsi se place comme acteur incontournable à la gauche du PS. Pourtant, l'objectif n'est pas encore atteint : il faut que des résultats électoraux confirment la prétention de ce rassemblement à contester voire renverser l'hégémonie du PS sur la gauche.
La ligne est tracée : il faut passer la barre des 10% en moyenne aux élections cantonales de 2011.
18:07 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : politique, front de gauche, gauche, pcf, pg, gu, fase, mélenchon, laurent, écologie, billard, 2010, retraites, npa, cgt, régionales 2010
16 mars 2012
Pourquoi... François Hollande handicape la gauche.
On prétend que Mélenchon avec un résultat à deux chiffres serait un "handicap" pour Hollande. Mieux, on prétend que ce résultat honorable au premier tour rendrait "difficile" une victoire de la gauche au second tour. Et le candidat du PS (je n'ose le nommer "candidat socialiste") d'appeler au "vote utile" au premier tour... alors même qu'aucune enquête d'opinion n'a jamais laissé entendre qu'il puisse risquer de manquer l'accès au second tour.
Récemment encore, une citoyenne estimable entend démontrer que Mélenchon "épuise les réserves de la gauche" du fait du succès (relatif) de sa candidature.
J'aimerais qu'on prenne la peine d'expliquer au béotien que je suis en quoi la gauche avait-elle plus de réserves quand Hollande était à 30%... et Mélenchon à 5% ?
Au contraire, depuis maintenant deux semaines, le score cumulé de la gauche n'a jamais été aussi élevé au premier tour dans les enquêtes d'opinion, avec un Hollande qui oscille entre 27% et 33% et un Mélenchon qui oscille entre 8% et 11%.
L'argument du "vote utile" n'a aucune consistance. D'autant que si l'on se penche sur les élections précédentes, on a bien des exemples où ce fut le deuxième qui l'emporta sur le premier quand la droite et la gauche s'affrontaient au second tour.
1965 : de Gaulle (droite), arrivé premier avec 44,65%, triomphait de Mitterrand (gauche), arrivé second avec 31,72%... mais c'était de Gaulle !
1974 : Giscard d'Estaing (droite), arrivé deuxième avec 32,60% et loin derrière le premier, battait néanmoins celui-ci, Mitterrand (gauche) qui le devançait pourtant plus que largement avec 43,25%
1981 : Mitterrand (gauche), arrivé deuxième avec 25,85%, vainquait sans problème Giscard d'Estaing (droite), pourtant bon premier avec 28,32%
1988 : Mitterrand (gauche), arrivé très bon premier avec 34,11%, écrasait littéralement Chirac (droite), deuxième avec 19,96%
1995 : Chirac (droite), arrivé deuxième avec 20,84%, vainquait Jospin (gauche), qui était premier avec 23,30%
2007 : Sarkozy (droite), arrivé premier avec 31,18%, l'emportait sans danger face à Royal (gauche), arrivée bonne deuxième avec 25,87%
A six reprises la gauche a affronté la droite au second tour. A trois reprises lors de ces duels, le premier l'a emporté sur le second (1965, 1988 et 2007), et à trois reprises c'est au contraire le second qui l'emportait sur le premier (1974, 1981, 1995). Rien, absolument rien ne permet de prétendre qu'un Hollande en seconde position au soir du premier tour serait handicapé de ce fait-là.
Si François Hollande est handicapé pour le second tour, c'est à cause d'un programme clientéliste et improvisé, fort timoré en matière de réformes économiques et sociales, ainsi qu'à cause de contradictions fondamentales sur toutes ses propositions et postures mises en avant.
Liste non exhaustive :
- favoriser le contrat de gré à gré au détriment de la loi et de la convention collective
- approuver le neuvième plan d'austérité imposé à la Grèce et même estimer qu'il aurait dû avoir lieu "plus tôt et plus fort" (à partir de 3'21")
- aller déclarer au Guardian que la City "n'a rien à craindre" d'une éventuelle alternance 29 jours après avoir désigné "le monde de la finance" comme son "adversaire"
- appeler les députés et sénateurs du PS à voter en faveur du MES par l'intermédiaire de Harlem Desir, avant que la gauche du PS ne soulève le lièvre de ce que signifie ce traité
- déclarer dix jours seulement après l'annonce ultra-médiatisée de sa proposition de taxer à 75% la part des revenus excédant un million d'euros par an que les footballeurs bénéficieront d'un aménagement spécifique (et au passage illégal dans notre droit actuel) et que cette taxation des riches sera temporaire et ne constitue rien d'autre qu'une réponse à des augmentations indues de certains hauts revenus (notamment des patrons du CAC40)
- utiliser comme point de référence de sa volonté de "renégocier le traité budgétaire européen" (dit "traité Merkozy") la soit-disant "renégociation" qui aurait eu lieu après le refus de la ratification du TECE par la Nation en 2005 et qui a abouti au désormais célèbre traité de Lisbonne, ce alors même que Valéry Giscard d'Estaing lui-même, bien placé pour le dire, estimait que ledit traité de Lisbonne était une quasi copie-conforme de ce TECE qu'il a contribué à rédiger
- se déclarer favorable à la ratification par la France de la Charte des Langues Régionales, alors que les dispositions qui empêchent cette ratification sont celles relatives à l'égalité des citoyens devant la loi, dispositions qu'il faudrait retirer de la Constitution pour procéder à ladite ratification
- estimer qu'il faut donner aux régions un pouvoir réglementaire, confirmant ainsi que la loi ne sera plus la même pour tous
- se fixer comme horizon de "renégociation" du prochain traité européen la simple adjonction d'un "protocole sur la gouvernance et la croissance" ne remettant pas en cause la "règle d'or" d'interdiction d'un déficit public supérieur à 0,5% du budget et un plan de rigueur de 50 milliards d'euros (interview de Jérôme Cahuzac, conseiller économique de François Hollande, dans Le Monde du 28 mars 2012)
Donc oui, la gauche est gravement handicapée pour le second tour, mais ce n'est pas à cause de Mélenchon ni du Front de Gauche.
Quand on empêche les conditions du rassemblement de la gauche, on ne peut pas se plaindre de ce que ce rassemblement n'a pas lieu.
01:24 Publié dans Mots d'humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : sondages, mélenchon, hollande, présidentielle 2012, gauche, sociale-démocratie, socialisme, social-libéralisme, front de gauche, fdg, parti socialiste, ps, candidats, election présidentielle, 1965, 1974, 1981, 1988, 1995, 2007, 2012, premier tour, vote utile
17 février 2012
Quelques lumières n°5 - L'immigration bis
Voici une image très intéressante et qui reflète une vérité vérifiable aisément :
C'est une vérité qu'il faut mettre sous le nez de Marine Le Pen et consorts qui prétendent que "les immigrés ruinent la France".
Mais il ne faudrait surtout pas se fonder sur ce genre de raisonnement purement comptable pour prétendre faire de l'immigration quelque chose de positif !
L'immigration, il faut le répéter sans cesse (particulièrement à gauche, à mon grand désarroi) est, de toutes les malices insidieuses du grand patronat français, la pire jamais mise en oeuvre ! Elle fait des victimes, d'innombrables victimes :
- les travailleurs autochtones, qui subissent une mise en concurrence massive, entraînant une baisse tendancielle des salaires (ce pourquoi Marx nommait l'immigration "l'armée de réserve du capitalisme")
- les immigrés, déracinés qui quittent les leurs et leur patrie à la recherche d'un destin meilleur
L'immigration est un phénomène récent, né dans les années 1840 quand le gouvernement anglais a fait venir massivement des travailleurs irlandais dans les villes industrielles afin de casser les salaires et empêcher les ouvriers de s'associer. Elle n'a absolument rien à voir avec les autres mouvements de migration des populations humaines à travers l'histoire. Ainsi, l'accueil des réfugiés doit-il est totalement dissocié de l'immigration, qui est un processus mené en conscience par et pour les capitalistes, entraînant :
- une baisse massive du niveau de vie (hausse de la concurrence par inondation du "marché du travail" par de la main d'œuvre corvéable à merci, jusqu'à saturation et même au-delà, cf. la société que préconise Alain Minc, avec "10% à 15% de chômeurs systémiques vivant du système social financé par une immigration accrue")
- des luttes horizontales entre travailleurs (toujours la bonne vieille tactique du "diviser pour régner", cf. les "massacres" d'Italiens et de Polonais à la fin du XIXème siècle)
- un accroissement vertigineux des inégalités sociales (par la création d'un grand marché mondial de la main d'œuvre, cf. cette phrase terriblement juste de Raymond Lévy, ancien PCG de Renault : "La mondialisation, ça consiste à donner le salaire des patrons américains aux patrons français et le salaire des ouvriers chinois aux ouvriers français.")
L'immigration ne peut en aucun cas être la caractéristique d'une politique de gauche sociale conséquente. Faut-il pour autant totalement l'arrêter ? D'une part, c'est impossible, et d'autre part, cela ne servirait de rien tant que les conditions mises en place pour la rendre incontournable sont encore présentes.
Car un fait demeure : depuis plus d'un siècle, et de manière particulièrement accrue au cours de ces 40 dernières années, des mécanismes innombrables ont été mis en place afin de contourner les acteurs auparavant essentiels dans le processus de l'immigration que sont les états. Il est fini, le temps où Georges Pompidou, premier ministre de Charles de Gaulle, devait écrire au président ivoirien Félix Houphouët-Boigny : "nous aurions besoin de 500 ouvriers mâles pour les usines Peugeot". Désormais, l'arrivée de la main d'oeuvre (j'emploie volontairement un terme déshumanisant : ainsi que je l'ai précisé jadis, dans le contexte de l'immigration, l'immigré est considéré comme une force de travail, pas comme un être humain) se fait via d'autres moyens, l'état n'ayant au mieux qu'un rôle de régulateur (immigration légale), au pire qu'un rôle répressif (immigration illégale).
Or, pour garantir que le système de l'immigration demeure, il a été rendu indispensable aux grands équilibres des flux mondiaux : les flux de main d'oeuvre accompagnent les transferts de production.
Ce qu'un gouvernement de gauche aura à coeur, c'est de détruire toute cette machinerie qui empêche l'immigration d'être autre chose qu'un phénomène marginal et modulable par la puissance publique.
A ce titre, et je vais encore une fois me répéter, ce que doit faire en priorité un gouvernement de gauche sur la question de l'immigration, c'est :
- mettre en place des infrastructures permettant aux immigrés présents sur le territoire national de vivre dignement ET de s'assimiler aux us et coutumes françaises (apprentissage de la langue, des usages sociaux, des codes, etc.)
- régulariser tous les immigrés illégaux qui travaillent afin que leur soit appliqué le code du travail et qu'ils disposent de l'accès à ces infrastructures
- mener une politique répressive sans concession de l'immigration illégale (démantellement des filières, arrestations des passeurs assorties de peines de prison fermes de plusieurs années, amendes lourdes appliquées systématiquement envers les entreprises présentes sur le territoire national qui embauchent des immigrés illégaux)
- limiter l'immigration légale (au moins la faire revenir en une législature à son niveau du temps du gouvernement Jospin I, soit environ 100 000 immigrés par an contre plus du double aujourd'hui, avec pour objectif de la réduire plus encore, voire de la stabiliser autour de 50 000)
- passer des conventions avec les états et avec les immigrés eux-mêmes afin qu'une large majorité d'entre eux (environ 75%) retournent de manière durable dans leurs pays d'origine après quelques années avec pécule et formation
- établir, si besoin au forceps (et tant pis pour les accusations "d'impérialisme" : le véritable impérialisme, c'est celui qui maintient des nations entières sous le joug de la "concurrence-libre-et-non-faussée"), un développement économique des pays principaux émetteurs de l'immigration illégale (et légale) vers la France, par le biais de prêts à taux 0 conditionnés au bon emploi des ressources financières ainsi fournies selon des critères établis par le gouvernement français et vérifiés sur place par des observateurs français et internationaux
Du reste, à rebours du discours libéral faisant de l'immigration un phénomène positif par essence, de nombreuses personnalités de gauche sociale conséquente, et non des moindres, issues de familles politiques fort diverses et adeptes de stratégies divergentes, ont établit déjà des diagnostics approchants.
Trois exemples connus :
"En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. Il faut les regarder en face et prendre rapidement les mesures indispensables. La cote d’alerte est atteinte […] C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. Il faut résoudre l’important problème posé dans la vie locale française par l’immigration. Se trouvent entassés dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficile leurs relations avec les Français. Quand la concentration devient très importante […] la crise du logement s’aggrave ; les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles immigrées, plongées dans la misère, deviennent insupportables pour les budgets des communes."
Georges Marchais (1920-1997), secrétaire général du PCF de 1972 à 19944
"Non, l’immigration n’est pas une chance pour la France. C’est un mensonge entretenu depuis 30 ans. Oui c’est une chance pour le capitalisme financier, pour diviser, pour exploiter, pour généraliser l’insécurité sociale, exclure, ghettoïser des millions de familles et de jeunes français de la vie sociale et politique."
André Gérin, député du PCF, par ailleurs opposé au Front de Gauche (il estime qu'il existe chez les travailleurs une grande attente d'un parti marxiste-léniniste, diagnostic à mon humble avis eronné)
"S'il faut combattre le fait que des millions de pauvres gens quittent leur pays pour essayer d'aller trouver mieux ailleurs, il ne faut pas combattre le migrant mais le processus."
Jean-Luc Mélenchon, fondateur et co-président du Parti de Gauche, candidat du Front de Gauche à l'élection présidentielle de 2012
22:59 Publié dans Économie, Politique, Quelques lumières | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : immigration, immigrés, marchais, gérin, mélenchon, gauche, sociale, conséquente, front de gauche
14 février 2012
Quelques lumières n°4 - Parce que ça devient confus, ces temps-ci...
On peut encore lire et entendre dans certains médias que les programmes du Front National et du Front de Gauche seraient, sinon identiques, du moins proches l'un de l'autre. Les déclarations de Marine Le Pen sur la revalorisation de 200€ des “petites payes” ont pu conduire ici ou là à quelques rapprochements hasardeux.
Il y a pourtant une différence notable d'approche économique entre Front National et Front de Gauche.
Petite démonstration non exhaustive et simplifiée à l'extrême :
Nous ne sommes plus en 1820. Tout le monde ou presque a parfaitement conscience du fait que la rémunération du travail ne représente pas la totalité de la richesse produite par le travail. La richesse produite comporte deux parts : la rémunération (qui compte, en France actuellement, pour environ 65% à 70% de la richesse produite, contre 75% à 80% au début des années 1980) et ce que Karl Marx nomme la “plus-value” (à ne pas confondre avec la plus-value que l'on peut réaliser lors d'une vente).
Ces deux portions sont nécessaires : la rémunération permet aux travailleurs de vivre du fruit de leur travail et contribue à la prospérité collective ; la plus-value rend pérenne l'activité économique et permet des investissements productifs.

Comme je l'ai écrit, c'est simplifié à l'extrême.
Chacune de ces deux portions est elle-même divisée en deux parties :
-
une part directe et individuelle : les revenus perçus, que ce soit sous la forme d'un salaire ou non
-
une part indirecte et collective, voire différée : les prestations sociales, services publics, etc.
La plus-value comporte :
-
des investissements, qui permettent d'améliorer les matériels, les méthodes de production, etc.
-
des retours sur investissement, ou rentes, qui sont la contrepartie financière que doit toute entreprise aux acteurs qui lui ont fournit son capital
Sans même aborder la question de la croissance de la richesse produite, on remarque d'emblée qu'il y a trois ajustements possibles :
-
entre la rémunération et la plus-value
-
entre les revenus et la rémunération collective
-
entre les investissements et les rentes
A priori, l'ajustement entre investissements et rentes est du ressort de l'administration de chaque entreprise et unité de production (y compris PME, artisans et commerçants). Même s'il est envisageable de légiférer en la matière, laissons de côté cet ajustement.
Restent les possibilités d'ajuster les parts respectives de la rémunération et de la plus-value, et au sein de la part de la rémunération, entre revenus (rémunération directe et individuelle) et rémunérations collectives.
C'est sur la question de ces deux types d'ajustement (qui ne sont pas foncièrement incompatibles) qu'on retrouve plus précisément la différence fondamentale entre les orientations économiques du Front de Gauche et celles du Front National.
Le premier l'indique sans ambage : son objectif est le passage de 10% de la richesse produite du côté de la plus-value vers celui de la rémunération. Cela représente 195 milliards d'euros par ans.
Le moyen est également explicité : c'est principalement via l'augmentation des recettes de l'état (notamment une hausse de la taxation de la rente, autrement appelée “revenus du capital”) que ce transfert de richesses aurait lieu. L'essentiel des gains ainsi obtenus serait donc de la rémunération indirecte, puisque servant à financer services publics et systèmes sociaux.Mais le Front de Gauche promeut également une hausse des salaires et en particulier du SMIC, mesure qui entrainerait mécaniquement une hausse de la part de la rémunération directe (revenus) dans la richesse produite.
On aurait donc une hausse de la part de la rémunération du travail dans la richesse produite, et une hausse aussi bien de la rémunération collective (hausse importante) que de la rémunération individuelle (hausse moindre). Cela entraîne une baisse de la plus-value, les entreprises se chargeant, sauf disposition légale contraignante (comme dans certains secteurs) de voir dans quelles proportions seraient affectées les investissements et la rente, sachant néanmoins que par la taxation des revenus financiers, la part de la rente dans la richesse produite serait prioritairement attaquée.

L'une des propositions majeures du programme économique du Front de Gauche.
Le second, lui, mentionne l'idée d'une hausse des salaires, qui se veut très conséquente. En revanche, aucun ajustement entre rémunération et plus-value n'est présente dans le programme économique du Front National. Mieux : la hausse des salaires proviendrait d'exonérations de cotisations sociales, lesquelles constitue une part de la rémunération collective du travail en finançant les systèmes d'assurance maladie et d'assurance chomage.
On aurait donc une hausse de la part de la rémunération directe et individuelle... mais pas de hausse globale de la part de la rémunération du travail. Autrement dit, l'ajustement préconisé par le Front National consiste en un glissement d'une partie de la rémunération collective vers les revenus individuels. Globalement, la rémunération du travail occupe la même place. Sauf que les services publics et systèmes sociaux, qui constituent la rémunération collective, indirecte voire différée, seraient dès lors moins dotés.
La proposition phare du Front National en direction des "petites payes".
Marine Le Pen propose rien moins qu'une baisse du niveau des prestations sociales de tout le monde en échange de 200€ en plus sur la paye. Cela conduit à accroître les inégalités entre ceux que leurs revenus permettent de payer directement et individuellement des prestations sociales (maladie, chômage, retraite, etc.) et ceux qui ne le peuvent pas. C'est aussi une attaque contre le principe de solidarité nationale, que ce parti prétendument “nationaliste” devrait pourtant être le premier à protéger.
00:38 Publié dans Économie, Philosophie, Politique, Quelques lumières | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : économie, fn, front national, fdg, front de gauche, le pen, mélenchon, salaire, rente, revenus, rémunération, richesse, plus-value, travail, capital














