14 mai 2012

Deux mots en passant sur le vote FN

Une note rapide afin de vous faire partager un lien vers une étude électorale intéressante.

 

On peut en tirer quelques enseignements, notamment sur le vote FN.

Deux "anomalies" du vote FN qu'il faut cerner et dévoiler :
- la faible proportion (29%) des votants Le Pen qui défendent la réduction du nombre de fonctionnaires alors que c'est une valeur structurante du programme du FN
- la proportion relativement importante (57%) des votants Le Pen qui défendent un accroissement de l'intervention et de l'administration publique dans l'économie alors que c'est l'exact contraire du programme du FN

Deux "cohérences" du vote FN qu'il faut expliciter :
- la très forte proportion (81%) des votants Le Pen qui estiment très négatives les conséquences de la mondialisation
- la très forte proportion (89%) des votants Le Pen qui estiment qu'il y a trop d'immigrés en France


Pour l'avenir, il faut donc dévoiler les incohérences et malhonnêtetés de l'opération de com' du FN sur son programme économique et social, et révéler que c'est bel et bien un parti libéral-conservateur on ne peut plus classique, et disposer de réponses bétons et intelligibles sur les questions de la mondialisation et de l'immigration. J'ose espérer que les positions que j'ai déjà exposées sur ces sujets pourra contribuer à ces réponses.

12 mai 2012

La vie politique grecque est très simple !

Il paraît que la vie politique grecque est compliquée (il paraît), donc je vous ai concocté, fidèles lecteurs, un schéma explicatif de la vie politique grecque avec les principaux partis politiques :

politique grèce.png

Légende (entre parenthèses : résultat aux dernières élections) :

Extrême-gauche (1,61%) :

ANTARSYA : Front de la Gauche Anticapitaliste pour la Révolution
(1,19%)

MERA : Front de la Gauche Radicale

OE : Ecologistes Alternatifs
NAR : Nouvelle Gauche d'Aujourd'hui
EKKE : Mouvement Communiste Révolutionnaire de Grèce

KA : Rénovation Communiste

ENANTIA : Union de la Gauche Anticapitaliste

ARAN : Refondation de la Gauche
ARAS : Alliance de la Gauche Anticapitaliste
OKDE - Spartakus : Organisation Communiste Internationaliste de Grèce - Spartacus
SEK : Parti Socialiste des Travailleurs

EEK : Parti Révolutionnaire des Travailleurs - Trotskiste
(0,10%)

KKE (m-l) : Parti Communiste de Grèce (marxiste-léniniste)
M-L KKE : Parti Communiste Marxiste-Léniniste de Grèce
(0,25%)

OKDE : Mouvement Communiste Internationaliste de Grèce
(0,03%)

OAKKE : Organisation pour la Rénovation du Parti Communiste de Grèce
(0,04%)

Gauche radicale (32,33%) :

KKE : Parti Communiste de Grèce
(8,48%)

SYRIZA : Coalition de la Gauche Radicale
(16,78%)

SYN : "Coalition"
DEA : Gauche Ouvrière Internationaliste
AKOA : Gauche du Renouveau Ecologiste et Communiste
KEDA : Mouvement de la Gauche Unie dans l'Action
KOE : Organisation Communiste de Grèce
EP : Citoyens Actifs
EK : Mouvement Unitaire

DIMAR : Gauche Démocratique
ELP : Citoyens Libres
(6,11%)

KOISY : Pacte Social
(0,96%)

Gauche (13,18%) :

PASOK : Mouvement Socialiste Panhélénique
(13,18%)

Centre (7,95%) :

OP : Verts Écologistes
(2,93%)

DISY : Alliance Démocratique
(2,55%)

DRASI : "Action"
PS : Alliance Libérale
(1,80%)

ENKE : Union des Centristes
(0,61%)

KP : Parti Libéral
(0,06%)

Droite (18,85%) :

ND : Nouvelle Démocratie
(18,85%)

Droite radicale (11,65%) :

ANEL : Grecs Indépendants
PARMAP : Char Civique National
(10,60%)

SYNDESMOS EE : Association pour l'Unité Nationale
(0,60%)

KOINONIA : "Société"
(0,45%)

Extrême-droite (9,87%) :

LAOS : Alerte Populaire Orthodoxe
(2,90%)

XA : Aube Dorée
(6,97%)

Inclassables/autres (4,46%) :

DEN : "Nous ne Paierons pas"
(0,88%)

DX : "Reconstruisons"
(2,15%)

KPE : Parti Pirate de Grèce
(0,51%)

OXI : "non"
(0,92%)

DIANA : Renouveau Démocratique
EPAM : Front Unique Pallaiko - Démocratie Maintenant
KIPOL : Mouvement des Citoyens


A noter :
- le PARMAP, allié à l'ANEL, est à l'origine une scission anti-austérité du PASOK, que l'on classifierait donc plutôt dans la gauche radicale que dans la droite radicale
- l'ELP, allié à la DIMAR, est une scission du PARMAP
- le DIANA, membre de la coalition Oxi!, est à l'origine un parti d'extrême-droite
- l'EPAM, membre de la coalition Oxi!, est un parti proche de la gauche radicale
- la MERA et l'ENANTIA sont deux coalitions d'extrême-gauche co-fondatrices de l'ANTARSYA et en sommeil depuis lors
- quoique n'ayant pas formellement quitté l'ENANTIA, l'EEK ne fait pas partie de l'ANTARSYA
- l'ELP, le KOISY, la DISY, l'ANEL, le PARMAP, le DEN, le DX et le KIPOL sont nés de la crise économique
- 7 autres listes se sont présentées aux élections de mai 2012 (dont l'innénarable mouvement écolo-nudiste ELOI, à mi-chemin du gag et de la secte), mais elles ont toutes recueilli ensemble 1 820 voix seulement, soit moins que l'OKDE seul (2 002 voix)

08 mai 2012

Grèce : après les élections, le feuilleton

Samaras (chef de la ND) avait dix jours pour négocier une majorité gouvernementale, il a échoué en 24h. Le relais passe à Tsipras et SYRIZA. Si le PASOK et l’ANEL acceptent de former un gouvernement anti-austérité avec la gauche radicale (c’est "anti-austérité" qui pose problème au PASOK, et "gauche radicale" à l’ANEL), on s’achemine peut-être vers une sortie par le haut !

L’attitude du PASOK (qui a refusé l’accord de la ND s’il n’était pas étendu à la DIMAR et à SYRIZA) a prouvé qu’il était peut-être "récupérable". Cela ouvre des perspectives. La solution évoquée dans mon article précédent d’un gouvernement minoritaire KKE, SYRIZA, DIMAR (éventuellement ANEL) soutenu sans participation par les néo-nazis de la XA, particulièrement gênante, peut aujourd’hui, semble-t-il, être exclue. On aurait peut-être un gouvernement bel et bien majoritaire.
Mais quelle majorité ? Il n’y en a que deux possibles, semble-t-il :
- une coalition ND-PASOK pro-austérité soutenue par la DIMAR (gauche radicale) et/ou l’ANEL (droite radicale)
- une coalition de toute la gauche (KKE, SYRIZA, DIMAR, PASOK) avec l’ANEL
Dans les deux cas, les néo-nazis de la XA demeurent isolés et perdent leur éventuel statut de "faiseurs de roi".

Le KKE refuse d’avaliser toute majorité "jusqu’à la révolution", mais avec la douche froide qu’a été son résultat (8,5%, soit 1 point seulement de plus qu’en 2009) alors que SYRIZA plus que triplait le sien (4,5% en 2009, 16,5% avant-hier) et que la DIMAR, scission de la SYRIZA, faisait aussi bon score (6%), il n’est pas en état d’imposer ses vues.
De plus, on a vu déjà jadis (1989) qu’il pouvait tout à fait participer à des gouvernements, y compris avec la droite, sans que celui lui pose de problèmes particuliers au final. Les foucades actuelles ne trompent personne : si SYRIZA, la DIMAR, le PASOK et l’ANEL sont partants (144 sièges sur 300 tous ensemble), le KKE (26 sièges) ne pourra pas se mettre lui-même dans la position du parti qui a empêché la remise en cause de l’austérité.

Pour l’ANEL, c’est déjà plus délicat : c’est un parti de droite radicale. Mais son alliance avec le PARMAP, parti de gauche radicale, a montré qu’il peut être ouvert sur des objectifs clairs.

Par contre, parvenir à un tel accord, ça n’est pas gagné...

En cas d'échec, il serait difficile d'éviter une dissolution.

07 mai 2012

Les élections législatives grecques ont eu lieu !

vote.jpgHier dimanche 6 mai 2012 ont eu lieu nombre de scrutins. Outre le second tour des élections présidentielles françaises, il y a eu également en Serbie des élections législatives conjointement au premier tour de l'élection présidentielle anticipée, ou encore une élection régionale en Allemagne faisant figure de "test" pour les prochaines élections générales de 2013.
Bien plus déterminantes que toutes ces élections, les élections législatives grecques ont à juste titre suscité un vif intérêt... notamment des milieux financiers. En effet, se joue là-bas rien moins qu'une bonne part de l'avenir de l'Europe : le pays emblématique de la crise de la monnaie unique depuis plus de deux ans révolutionnera-t-il suffisamment son système politique pour remettre en question l'austérité ?
Les résultats n'en sont pas encore connus avec certitude au moment où j'écris ces lignes, mais les données partielles à disposition permettent de dessiner le visage du futur parlement et donc d'analyser les scénarios envisageables.


Pour bien comprendre la situation, il est nécessaire de faire une revue préliminaire de la vie politique grecque, qui s'est considérablement diversifiée depuis la chute du gouvernement Papandreou.

Commençons par le plus évident. Depuis 1974 (fin de la dictature militaire) et surtout 1980, la vie politique est littéralement dominée par deux partis politiques : le PASOK (Mouvement Socialiste Panhélénique) et la ND (Nouvelle Démocratie). Ces deux partis réunissaient depuis le début des années 1980 entre 79% et 87% des suffrages à chaque élection législative. Une hégémonie qui s'est exercé sous forme d'une alternance "classique" opposant des clans et des familles héritières symboliques ou réelles des républicains et royalistes de la période pré-dictatoriale. Une hégémonie qui a été sérieusement battue en brèche à l'occasion de ce scrutin, mais je vais y revenir.

scores cumulés ND+PASOK.jpg
Les résultats cumulés du PASOK et de la ND aux élections législatives depuis 1974


Vient ensuite le KKE (Parti Communiste de Grèce), historiquement depuis 1974 le troisième parti du pays, loin derrière le PASOK et la ND, même si à l'occasion de la courte législature de 1989 il a été associé au gouvernement, d'abord conjointement avec la ND, puis dans le cadre de "la politique oecuménique" avec les deux partis hégémoniques. A cette période, il avait approché brièvement les 15% des suffrages, avant de brutalement regresser à environ 5% pendant toute la décennie 1990. La décennie 2000 le voit revenir à son niveau des années 1970, approchant les 10%.
Dans cette mouvance politique de la gauche radicale, l'autre formation majeure est SYRIZA, une coalition électorale née au milieu des années 2000 d'une conjonction entre scissionnistes du KKE, mouvements d'extrême-gauche (notamment maoïstes) et la Synapsismos (elle-même coalition entre le KKE dit "intérieur" pro-européen et des mouvements d'extrême-gauche et écologistes). Malgré une période de crise interne, elle obtient des résultats honorables qui lui permettent d'être présente au parlement, mais demeure dominée électoralement par le KKE et en porte-à-faux avec les tentations de certains courants internes de se tourner vers le PASOK.
C'est précisément à l'occasion d'une crise interne de SYRIZA qu'est née en 2010 la troisième composante majeure de la gauche radicale, la DIMAR (Gauche Démocratique). Sur une ligne plus modérée que SYRIZA, et bien que n'ayant pas soutenu le gouvernement "d'unité nationale" PASOK-ND, la DIMAR entretient vis-à-vis des socio-démocrates des relations moins conflictuelles. Elle a connu de rares résultats aux élections régionales de 2010, étant généralement alliée avec des partis écologistes et/ou le PASOK ou SYRIZA lors de ces scrutins. Avec la chute électorale du PASOK, elle a bénéficié d'un moment d'engouement courant mars-avril. L'engouement populaire dont est l'objet la gauche radicale pouvait aussi permettre au KOISY (Accord Social), une scission anti-austérité du PASOK, de parvenir à obtenir une représentation parlementaire.

En revanche, l'extrême-gauche grecque demeure depuis 1974 au stade du foisonnement groupusculaire. Le nombre de petits partis marxistes-léninistes, maoïstes, trotskystes, écologistes radicaux, alternatifs, etc. est extrêmement impressionnant. Si certains d'entre eux s'allient fréquemment avec le KKE, le PASOK ou SYRIZA, la plupart essaient de présenter des listes soit de manière autonome soit en s'alliant entre eux. Du fait de sa division extrême, de son caractère très protéiforme, de sa faible implantation et de son rayonnement le plus souvent régional, l'extrême-gauche grecque, qui représente pourtant généralement près de 5% des voix, n'a jamais eu de représentation au parlement.
En 2009 s'opère une alliance entre différents partis d'extrême-gauche parmi ceux ayant rencontré le plus de succès électoraux : SEK, APAN, EKKE, NAP, OE, etc. se réunissent au sein de l'ANTARSYA (Front de la Gauche Anticapitaliste pour la Révolution), rassemblement qui fait assez rapidemment parler de lui. Bien qu'aucune enquête n'ai indiqué qu'il ai pu obtenir une représentation parlementaire, ce mouvement semble être à terme capable de fédérer une part significative de l'extrême-gauche grecque, qui souffre de la concurrence avec les succès relatifs du KKE et de SYRIZA.

De l'autre côté de l'échiquier politique, l'extrême-droite est présente de manière significative en grèce depuis 1974. D'abord de manière "dissimulée" au sein de la ND, elle acquiert un visage politique distinct autant que spectaculaire avec l'EP (Camp National) en 1977, un parti qui intègre la ND dès 1980. Jusqu'aux années 2000, l'extrême-droite se présente sous la forme de groupuscules politiques dépassant rarement 1% des voix, qui s'allient régulièrement à la ND, comme le DIANA (Renouveau Démocratique), le POLAN (Printemps Politique), l'EPEN (Union Politique Nationale), l'ELLMET (Front Grec) ou le KEG (Parti des Femmes Grecques). Mais en 2004, le LAOS (Alerte Populaire Orthodoxe) réussit à fédérer une partie de l'extrême-droite grecque et entre au parlement en 2007, avant de franchir la barre des 5% en 2009. Il semblait en passe d'être totalement hégémonique sur une extrême-droite réunissant entre 7% et 10% des suffrages mais sa brève participation au "gouvernement d'union nationale" avec le PASOK et la ND semble l'avoir considérablement démonétisé aux yeux de ses électeurs protestataires, qui auraient tendance à se tourner plutôt vers des partis ne s'étant pas commis avec la politique d'austérité, notamment la XA.
La XA (Aube Dorée) est un parti politique d'inspiration ouvertement néo-nazie qui a vivoté sous la forme de provocations violentes jusqu'au début des années 2010, où il a commencé à enregistrer des progrès électoraux marquants dans des scrutins locaux, notamment à Athènes, sur une orientation violemment anti-immigrés. D'abord considérée poliment par les observateurs, l'éventualité de son arrivée au parlement s'est sensiblement accrue au cours de la campagne, ce parti faisant manifestement usage de vote sanction pour une part croissante des électeurs. Il a fini par totalement éclipser le LAOS dans le dernier mois de la campagne, et par s'y substituer avec un résultat important lors des législatives, ce qui est étonnant dans un pays encore très marqué par l'occupation nazie. Néanmoins, de part sa nature même, il est très isolé, bien plus que ne l'aurait été par exemple le LAOS, qui eût pu à sa place se tourner vers une droite radicale avec le vent en poupe.

En effet, l'ANEL (Grecs Indépendants), une scission anti-austérité de la ND, connait depuis les dernières semaines de la campagne un engouement soudain. Fondé par des députés de la branche droite de la ND, ce mouvement politique assez atypique en Grèce (qualifié par nos commentateurs journalistiques de la tarte à la crème de "populiste"), qui se réclame "ni de droite, ni de gauche" et qui est d'ailleurs allié au PARMAP (Char Citoyen), une scission anti-austérité du PASOK, est, de tous les mouvements nés de la crise, celui qui enregistre le plus grand succès, loin devant le DX (Reconstruire la Grèce), le Pirate Party ou encore le DP (le mouvement "nous ne pouvons pas payer, nous ne paierons pas"). En mordant résolument sur l'électorat ND défavorable à l'austérité, il obtient un résultat subit autant qu'inattendu.

En revanche, au centre, le succès est plus que mitigé. Si l'OP (Verts Écologistes) avait réussi une performance historique en frôlant sans l'atteindre le seuil d'entrée au parlement, l'irruption de deux nouveaux partis parmi les traditionnels partis centristes (Parti Libéral, Union des Centristes, Renouveau Démocratique, etc.) rebat les cartes et surtout préempte une partie de l'électorat sur lequel l'OP pouvait espérer prospérer. En effet, DRASI ("Action"), un petit parti libéral né en 2009 qui a connu un regain d'audience lors de la campagne de 2012 en réunissant plusieurs collectifs politiques autour de lui, et surtout la DISY (Alliance Démocratique), une scission libérale-démocrate de la ND, entendent bien incarner chacun un centre libéral et européen.

 

Résultats élections grèce.jpgApparemment, la ND est bien première des législatives grecques quoiqu'avec un résultat historiquement bas de moins de 20% des suffrages. Avec les 50 députés "bonus" pour le parti arrivé en tête, cela lui ferait néanmoins plus d'une centaine de sièges. Le PASOK en aurait lui une quarantaine. Il manquerait ainsi une poignée de sièges à une coalition ND-PASOK pour former une (précaire) majorité.
Or il semblerait que les partis du centre (OP écologiste, DISY libérale, DRASI libéral-conservateur) ne sont pas parvenus à entrer au parlement. Du coup, on risque fort de se trouver dans l'impasse.

L'extrême-droite semble devoir se réduire à la représentation de la XA, le LAOS n'arrivant apparemment pas à 3%. La XA ne dépasserait cependant pas le record absolu d'un parti d'extrême-droite établi par l'Ethniki Parataxis en 1977 (7%) mais obtiendrait plus de 20 députés.
L'extrême-gauche, représentée par 6 des 32 listes, reste à des résultats très marginaux (moins de 5% pour les 6 listes), seule la liste de l'ANTARSYA enregistrant un progrès notable, dépassant 1% des voix, ce qui ne lui permet néanmoins pas d'entrer au parlement.

La gauche radicale en revanche enregistre une grande progression. Si le KKE ne dépasse finalement pas les 10% et reste dans les eaux électorales qu'il a réussit à atteindre depuis les années 2000 (8,5%), et si la DIMAR, après un succès éphémère dans l'opinion (certains sondages l'avaient placé en deuxième position à 18% il y a plus d'un mois) est parvenue à un résultat certes honorable mais loin des espérances (6%) et légèrement devancée par la XA, c'est SYRIZA qui, en obtenant plus de 16% des voix et la place de deuxième parti du pays, fait considérablement augmenter le total de la gauche radicale en plus que triplant son résultat de 2009. La gauche radicale rivalise ainsi avec la somme des deux partis de gouvernement qui structurent de manière hégémonique la vie politique depuis 1974. En revanche, le KOISY, une scission anti-austérité du PASOK que certains sondages avaient placé en position d'entrer au parlement, réalise une contre-performance avec moins de 1% des voix. La gauche radicale obtiendrait près d'une centaine de sièges.
La droite radicale a également connu un important succès, avec plus de 10% pour l'ANEL, scission anti-austérité de la ND, alliée au PARMAP, scission anti-austérité du PASOK. Elle obtient une trentaine de sièges.

parlement grec.png
Ce à quoi devrait ressembler le prochain parlement grec.


Au final, s'il semble qu'un éventuel "bloc anti-austérité" est capable de concurrencer voire dépasser la probable coalition ND-PASOK, il n'y a pas de majorité gouvernementale évidente entre les trois groupes d'importances inégales. Deux situations sont possibles :
- un gouvernement "central-étendu" soutenu par la coalition PASOK-ND et une partie de l'ANEL et de la DIMAR
- un gouvernement minoritaire de gauche radicale soutenu sans participation par la droite radicale et l'extrême-droite afin d'éviter l'éventualité d'un gouvernement pro-austérité

Selon la constitution, le parti arrivé en tête a dix jours ouvrables pour former une majorité gouvernementale, puis c'est le deuxième parti qui en est chargé, et s'il échoue également, c'est le troisième parti qui en est chargé. Si cela échoue encore, le président organise une réunion avec les présidents de tous les groupes parlementaires pour trouver une solution.
Il est néanmoins possible (voire probable) que la procédure ordinaire ne soit pas suivie et qu'un échec de la ND à former une majorité entraînera dissolution.

 

PS :

Voici les résultats officiels des élections :

ND.png

ND 19,20%           59+50

SYRIZA.png

SYRIZA 16,59%        51

PASOK.png

PASOK 13,39%        41

ANEL.png

ANEL 10,54%        33

KKE.png

KKE 8,41%        26

XA.png

XA 6,92%        21

DIMAR.png

DIMAR 6,07%        19

OP.png

OP 2,90%  

LAOS.png

LAOS 2,87%  

DISY.png

DISY 2,60%  

DX.png

DX 2,11%  

DRASI.png

DRASI 1,76%  

ANTARSYA.png

ANTARSYA    1,19%  

KOISY.png

KOISY 0,94%  

 

On a ainsi égalité parfaite entre partisans et opposants à l'austérité. Grâce à la prime majoritaire de la ND, l'éventuelle coalition PASOK-ND atteint tout de même les 150 députés. Il lui en manque un pour obtenir la majorité absolue.

06 mai 2012

6 mai 2012 : les enjeux importants d'une journée historique

Ce jour est historique. En effet, aujourd'hui ont lieu trois événements majeurs.

 

D'abord, le 254ème anniversaire de naissance du citoyen Maximilien Robespierre. Il fut l'un des artisans majeurs de la République une et indivisible, libre et indépendante, démocratique et sociale de 1792-1794, qui demeure, jusqu'à ce que nous ayons fait mieux, une référence politique incontournable.

 

Ensuite, les élections législatives et présidentielle serbes. A l'origine, l'élection présidentielle aurait dû avoir lieu plus tard, mais le président en exercice, Boris Tadić, élu et réélu assez largement en 2004 puis 2008, a démissionné précocement et s'est immédiatement porté candidat à sa propre succession, dans le but avoué de faire coïncider les deux scrutins. Il espère ainsi permettre, par son indéniable popularité, la reconduction de la coalition électorale réunissant le Parti Démocratique (celui de Tadić), le Parti Chrétien-Démocrate et les différents partis socio-démocrates et écologistes serbes, avec un éventuel apport parlementaire des différentes formations libérales libérales-démocrates.

En effet, la probabilité est grande que parvienne au pouvoir une coalition du Parti Radical (l'ancien premier parti du pays aux élections de 2008) avec le Parti Progressiste et le Parti Socialiste. Les sondages en tous cas donnent une nette avance au tout jeune Parti Progressiste - scission du Parti Radical qui a déjà réalisé des performances électorales significatives - sur la coalition au pouvoir. Le Parti Radical et le Parti Socialiste, tous deux significativement au même niveau selon les sondages, constitueraient ainsi des forces d'appoint permettant d'obtenir une majorité, tandis que la coalition actuellement majoritaire, même renforcée des libéraux-démocrates, ne parviendrait pas à renverser la tendance. Au finish, le ralliement de députés issus de partis régionaux et locaux pourrait bien être déterminant dans la constitution d'une nouvelle majorité, précaire.

A noter que si théoriquement c'est la question européenne qui permet, vu de France, de distinguer les deux principales orientations en présence, dans les faits, il n'y a pas grande différence d'orientation sur le sujet entre la coalition démocrate-conservatrice-libérale « pro-européenne-mais-pas-trop » et l'éventuelle coalition progressiste-radicale-socialiste « anti-européenne-mais-pas-trop-non-plus » (au point que Parti Radical comme Parti Progressiste sont tous deux explicitement en faveur de l'adhésion de la Serbie à l'UE). Dans un cas comme dans l'autre, les dirigeants estiment que l'intégration européenne servirait les intérêts nationaux de la Serbie.

 

Enfin, les élections législatives grecques. C'est probablement l'événement le plus important du jour. En effet, la situation grecque est à juste titre considérée comme le balancier de ce qu'il va se passer dans le reste de l'UE à court terme. Si le gouvernement grec issu des prochaines élections continue de souscrire au consensus austéritaire mené depuis le début de la crise, il est fort probable que, malgré le bouleversement historique de la scène politique grecque qui se profile, la saignée électorale des deux partis qui se partagent alternativement le pouvoir depuis les années 1980, cela ne marque la confirmation de l'orientation générale de l'UE vers une austérité généralisée, prétexte de reculs de souveraineté incessants. Si à l'inverse, le nouveau gouvernement grec choisit une voie de contestation de l'austérité, alors rien n'est joué, et il pourrait fort bien émerger en Grèce un signal pour l'Europe entière d'une réorientation radicale.

Sur le sujet, j'avais, à partir d'un sondage, écrit une note il y a quelques semaines. Entretemps, quelques événements ont eu lieu. En effet, aux PASOK, ND, KKE, LAOS, SYRIZA, OP, DIMAR, DISY et XA que j'avais détaillés précédemment, trois nouvelles formations politiques, d'importances électorales inégales, doivent désormais être ajoutées :

- D'abord, le KOISY (Pacte Social) et le PARMAP (Char Citoyen Panhellénique) sont deux scissions anti-austérité du PASOK Si le PARMAP est une initiative locale menée par un unique député scissionniste du PASOK, le KOISY, créé par dix d'entre eux, s'est structuré au niveau national et pourrait bien réussir à obtenir une représentation parlementaire.

- Ensuite, l'ANEL (Grecs Indépendants), une scission anti-austérité de la ND menée par une dizaine députés scissionnistes. C'est un parti nettement issu de la branche la plus à droite de la ND, qui présente des communautés de vues avec des partis d'extrême-droite comme le LAOS. Il peut assez nettement envisager une représentation parlementaire.

Pour tenter de dégager des scénarios réalistes, il faut partir du fonctionnement électoral du parlementarisme grec. Depuis la démocratie, le parlement grec est élu à la proportionnelle à partir d'un seuil de 3% des suffrages. 300 députés sont élus. Une « prime » de 50 députés est attribuée au parti arrivé en tête, représentant plus de 16% des sièges. Ainsi, pour obtenir une majorité absolue, le parti arrivé en tête doit avoir obtenu à la proportionnelle 100 sièges au moins sur 250, soit 39% des suffrages. Or, vue la situation électorale, aucun parti ne semble en mesure d'obtenir cette majorité absolue. C'est forcément vers une coalition électorale qu'on se dirige.

La ND a bien moins souffert électoralement de la situation de crise que le PASOK, qui pourrait bien ne pas même franchir les 10% des suffrages. Elle pourrait néanmoins arriver en tête, et récolter ainsi la « prime » de 50 sièges. Dès lors, ne resterait plus pour elle qu'à former une coalition réunissant plus de 100 députés pour disposer du gouvernement. C'est déjà plus délicat. En effet, la ND seule devrait réunir moins de 30% des suffrages, voire moins de 25%, ce qui lui donnerait entre 60 et 75 sièges, vraisemblablement autour de 70 sièges. Pour former une coalition, la ND ne peut pas se tourner vers l'extrême-droite ni, bien évidemment, vers la gauche radicale. Ses seuls partenaires potentiels se réduisent donc à la DISY, qui pourrait fort bien manquer son pari d'obtenir une représentation parlementaire, à l'OP, qui échouera vraisemblablement à dépasser les 3%, et au PASOK, qui devrait alors impérativement franchir la barre des 12% pour obtenir 30 députés.

Et ceci sachant qu'il est également possible, même si peu probable, que SYRIZA, qui semble s'imposer comme force dominante de la gauche radicale, dépasse la ND et ainsi obtienne la « prime ». Pour gouverner, l'évidence voudrait qu'alors SYRIZA s'allie au KKE et à la DIMAR, mais le premier reste pour le moment enfermé dans un refus total de négocier tandis que la deuxième se rapproche de plus en plus du PASOK et pourrait refuser de s'allier au KKE dans un « bloc de la gauche radicale ». Même dans le cas de ce scénario d'un succès plus large qu'attendu de la gauche radicale, il n'est ainsi pas assuré, loin de là, qu'une alternative à l'austérité voit le jour. Cependant, il est aussi probable qu'en cas de nette domination électorale sur le KKE, SYRIZA dispose d'un rapport de force suffisant en sa faveur pour et faire plier le KKE et rassurer la DIMAR, ce qui lui permettrait de mener pareille coalition. On peut même alors envisager que, si le KOISY obtient une représentation, celui-ci puisse soutenir un tel gouvernement, sans nécessairement y participer. Peut-être même des députés du PASOK et des députés de droite contre l'austérité (de la ND, de l'ANEL ou de l'extrême-droite) pourraient-ils faire la jonction.

En fait, la prochaine majorité se jouera vraisemblablement "aux marges" des différents "blocs" en présence :

- Entre la gauche radicale et le centre-gauchePASOK d'abord. La DIMAR peut être tentée suivant les résultats ou bien par une alliance avec SYRIZA et le KKE, ou bien par un soutien d'appoint à un gouvernement « d'union nationale » qui intégrerait le PASOK, surtout si elle est placée en position de « faiseuse de roi ». Le KOISY et le PARMAP, pour peu qu'ils soient représentés, peuvent également, vu le motif de leurs scissions, franchir le rubicond et soutenir une coalition de la gauche radicale.

- Entre la droite ND et l'extrême-droite ensuite. L'ANEL refuserait probablement de soutenir un gouvernement « d'union nationale », même mené par la ND. Elle pourrait même se tourner vers l'extrême-droite du LAOS voire de la XA (peu probable toutefois). Toutefois, il n'est pas exclu que dans une perspective de « lutte contre l'option austéritaire », l'ANEL soutiennent soit par son abstention soit activement un gouvernement de la gauche radicale, auquel il est néanmoins actuellement exclu qu'elle participe.

 

Quant à ce qu'il se passe aujourd'hui dans un pays d'Europe occidentale nommé France, cela ne semble pas avoir une importance déterminante sur la suite des événements.